Les
dieux des nations.[i]
Ceux
que les païens considèrent comme des dieux, ont autrefois été des hommes, et,
en récompense de leur vie et de leurs mérites ont reçu de la part des leurs
après leur mort un culte.[ii] Ainsi Isis en Egypte, Jupiter en
Crète, Juba chez les Maures[iii], Faunus[iv] chez les Latins, Quirinus[v] chez les Romains. Ainsi Minerve à
Athènes, Junon à Samos, Vénus à Paphos, Vulcain à Lemnos, Liber[vi] à Naxos, Apollon à Délos. Conduits
au Ciel par les louanges des poètes et par les poèmes qu’ils ont composés.
Plusieurs d’entre eux sont réputés avoir inventé et pratiqué diverses
techniques : Esculape, la médecine ; Vulcain, le travail du métal. Leur nom leur vient de leur
activité : Mercure préside aux marchandises (merces) :
Liber, à la liberté. Il y eut aussi des hommes puissants, fondateurs de villes,
à qui, après leur mort, les hommes qui les avaient aimés, consacrèrent des
statues pour se rasséréner par la contemplation des images. Mais peu à peu ,
les démons persuadèrent ceux qui vinrent après eux de considérer comme les
successeurs des dieux ceux qu’ils n’avaient honorés que par le souvenir et de
leur rendre un culte. Ainsi naquit l’usage des statues : parce qu’on
regrettait les morts on en fit des images, des portraits, comme s’ils avaient
été reçus au ciel ; mais les démons, sur la terre, se substituèrent à eux
et persuadèrent les hommes trompés et égarés de leur adresser à eux-mêmes des
sacrifices. Les « simulacres » sont ainsi appelés à cause de la
similitude ; la main de l’artisan imitait, en pierre ou en toute autre
matière, les visages de ceux en l’honneur de qui ils étaient fabriqués. Donc
les simulacre, soit parce qu’ils sont « semblables » ou parce qu’ils
sont simulés et fabriqués, sont faux. Et il faut noter ce qui correspond en
hébreu au mot latin. Chez les Hébreux, l’idole ou simulacre est appelé
« semel »[vii] . Les Juifs
disent que c’est Ismaël qui fit avec de la boue le premier simulacre. Selon les
Gentils, c’est Prométhée qui a le premier fabriqué avec de la boue des images
d’êtres humains, et c’est de là que vient l’art de fabriquer des idoles et des
statues. C’est pourquoi les poètes imaginent par métaphore, à cause des images,
que c’est lui qui a créé les hommes.
C’est
chez les Grecs qu’est apparu l’olivier,[viii] et la ville des Athéniens a tient son
nom de celui de Minerve. C’est la première cité à avoir nommé Jupiter, à avoir
découvert les idoles, construit des autels, immolé des victimes, toutes choses
qu’on n’avait jamais vues en Grèce. L’idolâtrie, c’est le culte des idoles ou
la soumission aux idoles. Le mot grec « latrie » se dit en latin
« soumission » ; dans la religion vraie, la soumission n’est due
qu’au Dieu un et unique. Alors que le superbe orgueil, celui des hommes comme
celui des démons, ordonne ou désire qu’on la manifeste devant lui, la pieuse
humilité, celle des hommes comme celle des saints anges, refuse qu’on la lui
offre, et désigne Celui à qui elle due. L’idole, c’est, selon l’interprétation
du mot, un simulacre fabriqué à l’image de l’homme et consacré.
« Eidos » en grec, c’est « forme ». C’est de là que vient,
comme un diminutif, le mot « idole ». Chez nous, cela correspondrait
à « formule ». Donc toute forme ou formule demande à être
appelée « idole ». Par conséquent toute idolâtrie est
familiarité avec une idole et soumission à cette idole. Mais certains Latins,
ignorant le grec, disent naïvement que le mot à sa source dans
« dolus » (ruse) parce que le diable a revêtu d’un nom divin
le culte de la créature.
[i] « Nation » traduit l’hébreu
« goï » ( גוי).
[ii] Raban Maur le texte d’Isidore de Séville (Etymologies,
VIII, XI) avec d’infimes modifications.
[iii] Le roi Juba II de Maurétanie, qui règne de 30 avant J.C.
à 23 après J.C. Homme de grande culture, écrivain apprécié, il aurait été
divinisé après sa mort.
[iv] Faunus aurait régné sur les Aborigènes, peuple
d’Italie. La mythologie romaine en fait le petit-fils de Saturne.
[v] Romulus aurait été, après sa mort, assimilé au dieu
Quirinus.
[vi] Bacchus.
[vii] סמל
[viii] Isidore nommait Cécrops, supposé premier roi d’Athènes, humain divinisé après sa mort